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Thèmes anciens jusqu'en 2013

A la suite d'une expression purement abstraite, le voyage proche ou lointain devient une source d’inspiration principale qui donne lieu à une exposition à thèmes. Le voyage y est conçu comme une recherche culturelle. Inde-Népal, Mexique. Egypte, Angkor-Cambodge, Vietnam, Inde-Khajuraho, « Shiva dansant », Chine puis Shanghaï, Louisiane, Syrie, Tunisie, Séville, Maroc-Moyen Atlas, Algérie-Hoggar, Philippines, pour la France (dix sites historiques du circuit touristique "Route Jacques Coeur" en Berry ; les Cévennes). D’autres collections sont aussi créées autour de thèmes tels que les jardins (médiéval, arabe, XVIIe sicle, chinois), des œuvres du passé (« Les Ménines » de Vélasquez, « Les femmes d’Alger » de Delacroix, « Le Nouveau Monde » de Tiépolo), les animaux (poules et dindons), le spectacle (théâtre, danse) l'architecture et les objets (gothique, salon Napoléon III, salon XVIIIe), les manifestations (la Semaine Sainte à Séville, un pèlerinage en Andalousie), la musique (Berlioz).

 

Thèmes actuels, récits

Résonance

 

2013-2016

Un long, très long voyage... TROP LONG ? De France en Inde, en passant par l’Asie centrale

L’objectif essentiel est de voyager pour développer la création. Comment créer dans la discontinuité et la diversité ? Comment ne pas s’y perdre ? Comment extraire des thèmes et des lignes de force pour les restituer dans une création artistique, « pendant » et « surtout » après le voyage ?

Le voyage

 

La décision de partir provient de la rencontre de deux vieux voyageurs. Ce voyage de deux ans s’est interrompu subitement pour des raisons familiales. Ce fut un retour brutal avec toutes les conséquences d’une longue absence : carte bleue périmée, carte SIM désactivée, maison occupée, voiture inaccessible, deux déclarations d’impôt en attente... C’est le retour à notre société régie par l’administration...

La plus grande tracasserie de ce long voyage de 25 mois provient des visas. Parfois, les bivouacs ne sont pas faciles à trouver, par l’inexistence de routes secondaires ou la surpopulation ; c’est la surprise chaque soir, illustrée tous les jours par des photos. Pourtant, un tel voyage est une continuelle explosion chamarrée : c’est toujours l’occasion d’innombrables découvertes, et de plus, la durée accroît leur nombre : des rencontres émouvantes, en dépit, parfois, de l’absence de langue commune, des civilisation fabuleuses, des architectures simples ou tarabiscotées, des paysages grandioses...

L’expérience du voyage fait découvrir des traces hors de la connaissance scientifique, en suivant ces hommes qui allaient à pied ou à deux de yak, en allant nous à dos de la « Tortue », véritable caravane lente.

Nous pouvons ajouter ces traces ou les liens que nous établissons entre les temps et les patrimoines distants. Qu’est-ce que rechercher des traces, ajouter des traces, créer des traces éphémères, repensées ou presque inventées ? Cette reconstitution apporte peut-être un sens différent de celui d’autrefois, avec réinvention et appropriation.

Nous sommes entre une reconstitution archéologique et une tentative de restitution imaginaire. Afin d’essayer de faire vivre ou revivre des populations, nous tentons de reconstruire le passé par une expérience de nomadisme, en grand écart avec les déplacements d’aujourd’hui. Ceux de sédentaires qui se déplacent avec des cadres horaires et des vacances, et sont tellement différents des nomades qui suivent les chemins, les points d’eau, de nourriture et de combustibles, et les caravansérails.

Nous avons à faire des choix entre le peu de réel connu et ce qu'un imaginaire peut restituer, avec un certain niveau de fiabilité.

En dépit de la diversité dans les formes et les rythmes, nous vivons le voyage, jour après jour, mais dans la différence au quotidien, accompagnée des habitudes évolutives d’organisation : rangements, horaires, rythmes, alimentation... La continuité provient du quotidien permanent, la discontinuité, de l’environnement extérieur.

Au cours de ce déplacement, seule la transhumance de deux personnes, dans un véhicule unique, constitue la continuité et la permanence. Parfois, le mouvement est quasi-quotidien pour respecter nécessairement les délais impartis par les visas : des déceptions naissent souvent de cette obligation d’avancer, en dépit de rencontres émouvantes ou de sites exceptionnels. Le seul long séjour -de 45 jours-, eut lieu au Rajasthan. Sinon, les arrêts de plusieurs jours ou d’une semaine ont été très fréquents, quand les visas nous le permettaient.

Nous sommes en décalage de plusieurs manières, par notre mode de vie nomade, évidemment distinct de celui de notre pays, de notre famille, et par un mode de vie particulier, lié au décor exigu de la Tortue et au rythme lent de déplacement. Les niveaux de décalages suivent des cadences inégales, légers au quotidien : déplacements physiques, environnements opposés parfois, rencontres et changements culturels toujours renouvelés et temporaires.

Au cours de nos pérégrinations, certains insistent pour que nous logions chez eux, mais nous sommes très bien dans la Tortue, et surtout, lorsqu’il fait froid, nous avons beaucoup plus chaud. Notre seule échappatoire, c’est que notre véhicule, c’est notre maison loin de chez nous ; que cela nous est confortable sur le plan émotionnel, puisque c’est notre seul repère. D’autres n’osent pas nous inviter car ils ont peur que nous n’aimions pas ce qu’ils cuisinent : « Vous mangez du riz ? » « Vous supportez le piment ? »...

C’est un autre décalage que d’être à côté de ceux chez qui nous bivouaquons. De plus, pour eux, dont l’espérance de vie est plus courte, ils pensent qu’à notre âge, nous devrions rester tranquilles chez nous. Un tel voyage implique des adaptations qui s’effectuent plus ou moins aisément. En dépit de saturations, émotionnelle ou culturelle, l’expérience du voyage et sa durée obligent à un lâcher prise.

Les unités classiques, de temps, de lieu et d’action, du théâtre classique n’ont pas cours. Justement, nous jonglons avec le temps qui passe, différent lors du voyage. Tout change continuellement, et parfois radicalement, d’une région à l’autre, d’un pays à un autre. Nous avons chacun notre temps, qu’il faut ajuster entre nous et avec l’extérieur. Durant cette période, nous perdons aussi, en dépit d’internet et des liaisons par Skype, le fil des affaires du monde, de nos histoires personnelles et de notre calendrier, culturel et climatique. En cette saison, c’est l’été et la manière particulière de le vivre dans les Cévennes...

Notre Toyota camping-car pèse trois tonnes. Par conséquent, le temps de circulation est lent, beaucoup plus lent que celui d’autres voyageurs que nous avons rencontrés. Plus lent même que celui des cyclistes, dont nous croisons un certain nombre en Asie centrale. En outre, nous sommes confrontés aux temps du passé, récent ou lointain, dans nos visites de sites préhistoriques, historiques ou même, contemporains. Nous croisons des rythmes personnels et culturels, de populations, qu’elles soient paysannes ou citadines, analphabètes ou éduquées ; elles sont inégalement en prise avec l’accélération mondiale liée aux communications, transports et télécommunications.

 

Un tel voyage est donc une épopée à travers les temps, celui qui passe et ceux qui ont laissé des traces. Le temps semble s’arrêter dans certains bivouacs dans la nature, ou s’accélérer dans les rares occasions où nous ne parvenons pas à nous éloigner suffisamment des bruits de la ville. Les saisons passent, sans correspondances avec notre vie en France. « Ah oui, ce mois, d’habitude, j’aime faire ou je dois faire cela ». Physiquement aussi, en peu de temps, les décalages sont radicaux, nous passons de terres basses à la très haute montagne. Les référents dans le temps et dans l’espace sont continuellement déplacés. C’est ainsi qu’ont voyagé tant d’idées, religions comprises, et de techniques, bien avant l’époque moderne.

 

L’espace se module de manière tellement opposée, entre la minéralité de l’Asie centrale et la sécheresse des déserts et, au contraire, la luxuriance des rizières fraîchement replantées et leur couleur de paille après les récoltes, sans oublier les jungles épaisses ou ce qu’il en reste.

 

En voyageant vers l’est, nous remontons le temps vers des civilisations tellement plus anciennes que la nôtre, dans cet Orient, ou plutôt, ces Orients qui nous ont précédés de plusieurs milliers d’années. Ces régions ont toujours été parcourues par des voyageurs de toutes sortes : religieux, marchands, aventuriers... D’ouest en est, c’est le chemin de la conquête progressive de l’Occident. Certaines régions, encore relativement stables, seront, dans un avenir proche, brutalement bouleversées par le refus des enfants de paysans de rester à la terre, si exigeante en travail pour une récompense si ingrate. De manière accélérée, ils continueront à grossir la population d’autres villes ou de métropoles déjà gigantesques, sans être sûrs de trouver un travail avec leur maigre bagage éducatif. On estime que la population sera urbaine à 80 % dans les années 2050.

Evidemment, cela s’ajoute aux migrations forcées dues aux catastrophes naturelles ou causées par les hommes, migrations qui, pour la première moitié du XXIe siècle, devraient atteindre un milliard. Ces chamboulements, on ne peut encore les voir, mais les conditions préalables sont déjà là. En zone rurale,

il n’y a plus que quelques rares terrasses en friches..., en zone urbaine, la lecture est plus difficile, mais souvent, on nous dit combien la ville s’est agrandie rapidement.

 

La création

En déplacement, peu de techniques (dessins, installations et photos) permettent de transcrire diversités artistiques et continuités à un moment et un lieu donnés.

 

Les dessins sont un moyen de relever quelques instants de ces merveilles de la nature, historiques ou quotidiennes... rencontrées en chemin. Ce sont des instantanés pour observer l’environnement et ses lumières.

Les installations sont pensées pour entrer en résonance momentanée ou, du moins, en dissonance, avec un lieu ou certains de ses aspects ; intervention dans un paysage très petit ou grandiose. En Asie centrale, essentiellement dans un paysage minéral et désert, peut s’effectuer une rencontre avec les quatre éléments. A l’inverse, dans le sous-continent indien, si peuplé, il est difficile de trouver des formes d’intervention, dans des sites habités, sans choquer les habitants, ni troubler les lieux de dévotion. Le caractère éphémère des installations ne peut être mémorisé que par la photographie.

Les photos sont des quêtes de lumières, de formes, de textures, de situations... qui expriment aussi les réalités d’un moment. Avec un logiciel de traitement d’images, elles peuvent être combinées pour renforcer les images.

THÈMES, RÉCITS ET TECHNIQUES

Design @ Charlotte Piereschi 

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